YDESTROYDE
psyche break/"punkcyber" - Osaka, Japon

Bonjour SYNZOU. Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre projet YDESTROYDE ?
SYNZOU : Je m’appelle SYNZOU Nagai, originaire d’Osaka, j’ai 34 ans.

Qu’écoutiez-vous ado et comment avez-vous commencé la musique ?
SYNZOU : J’écoutais de la dance music ! Des trucs qui sonnaient disco, comme TM Network. J’ai commencé à jouer quand j’étais en troisième année de collège, sur le clavier Casio d’un ami.

"DESTRUCTION is a tool for CREATION" est le concept de base d’YDESTROYDE. Comment cela se traduit-il à travers votre musique ?
SYNZOU : Premièrement, les Japonais aiment développer des concepts à partir d’antonymes. Avec "destruction" et "construction", j’ai voulu mettre en avant l’un de ces aspects de la pensée japonaise. Ensuite, le terme de "destruction" est très négativement considéré au sein de nos sociétés contemporaines. Par contre à l’intérieur de mondes fantasmés tels que nous pouvons les trouver dans les films, les manga ou les anime, la destruction est une proposition estimable. Enregistrer un CD équivaut pour moi à créer un monde imaginaire dans lequel les effets ou le mixage en seraient la destruction. Prenez n’importe quel son et refaçonnez-le, quelque chose de complètement différent va en naître.

Quelles sont vos sources d’inspiration, qu’elles soient musicales ou non ?
SYNZOU : Les manga et les anime. Si je devais choisir, je dirais plutôt les manga. Ça, et la nature.

YDESTROYDE a débuté en tant que trio, avant de devenir un quintet durant la première moitié des années 2000. Ce que vous jouiez à l’époque était alors proche des Boredoms ou encore d’Acid Mothers Temple, avec des sonorités totalement différentes de ce que propose maintenant YDESTROYDE en tant que projet solo, plus electro/breakcore. Parlez-nous de l’évolution de votre musique ainsi que de l’identité du projet.?
SYNZOU : Je dirais que j’ai pu plus facilement atteindre ce résultat grâce aux avancées technologiques. Je pense que la base de ma musique n’a pas vraiment évolué avec le temps, mais j’ai pu réaliser exactement ce que je voulais grâce à l’amélioration et à la plus grande facilité d’approche de la musique assistée par ordinateur. Mais je n’aurais pas pu arriver à ce que je fais maintenant si YDESTROYDE n’avait pas été un groupe à la base.

Vous reformez donc YDESTROYDE en solo après cinq années d’inactivité. La décision a-t-elle été si difficile à prendre ?
SYNZOU : J’ai fait pas mal de choses en solo pendant ces années. J’ai tenté différents projets, mais finalement YDESTROYDE est ce qui me convenait le mieux.

L’album SYNZOSIZER est sorti au printemps dernier, accompagné d’une imagerie très cyberpunk. Quel en a été le processus de composition ? Et que représente-t-il pour vous ?
SYNZOU : J’adore le punk. Par contre j’utiliserais le terme de "musique pour humains remodelés", ou alors "punkcyber" pour faire plus court, plutôt que "cyberpunk". Pour parler du processus de composition, je trouve un riff que j’applique ensuite à la guitare, à la basse, à la batterie, puis que je déforme grâce à la puissance du numérique. Je fais bouillir tout ça, je le concasse, et voilà ce qu’il en sort. Ouf ! (rires) C’est ça le punkcyber ! Alors qu’à la base je compose à la manière punk, voyez un peu le résultat. J’ai intentionnellement fait des loops de mes riffs. C’est comme ça que sonne le punk rock dans ma tête. L’assemblage et le traitement du son peut se faire par synthétiseur, mais ajoutez-y du punk, et vous obtenez SYNZOSIZER

Si grâce à cet album vous deviez avoir maintenant un super pouvoir électronique, ce serait lequel ?
SYNZOU : Un truc marrant.

Vous êtes pour le moment la seule signature sur le label INVADER MAMA. Comment ce dernier a-t-il été créé ? Que pouvez-vous nous dire sur les futurs projets du label ?
SYNZOU : Demandez ça au label.

Le clip vidéo de HISSATSU a été réalisé par Moriro Miyamoto, très présent au sein de la scène underground d’Osaka. Parlez-nous de votre rencontre, et de ce clip plutôt atypique plein de légumes qui en est né.
SYNZOU : Moriro Miyamoto fait partie de mon cercle d’amis provenant de l’université. Je lui ai laissé carte blanche en ce qui concerne la vidéo. Faire quelque chose qui n’a absolument rien à voir avec les paroles de la chanson, c’est plutôt marrant non ?

La scène musicale d’Osaka est assez réputée pour son dynamisme et sa folie. Pensez-vous que les groupes y obtiennent là une énergie qui pourrait être difficile de retrouver ailleurs, même à Tokyo ?
SYNZOU : C’est ce qui se passe quand l’envie, la frustration, la jalousie, tous ces éléments négatifs, nous font passer à l’attaque. Je pense que c’est typique de la culture d’Osaka.

Vous avez participé en mars au SXSW au Texas, puis avez fait une tournée américaine. Quels souvenirs en gardez-vous ?
SYNZOU : Ce qui m’a particulièrement marqué c’est l’attitude du public, qui n’a rien à voir avec celle des Japonais. Aussi, ça m’a fait bizarre d’entendre la musique que je fais dans ma chambre à Osaka sur de grosses enceintes aux Etats-Unis. C’est finalement ce qui restera comme étant le plus mémorable, ce qui est composé à la maison avec les moyens du bord peut être diffusé n’importe où.

Y a-t-il des groupes ou des artistes avec qui vous rêveriez de collaborer ?
SYNZOU : Katsuhiro Otomo, Atari Teenage Riot, LFO, DUB, Marcus Popp d’Oval.

Que peut-on vous souhaiter pour le futur ?
SYNZOU : J’utilise depuis peu Max/MSP pour faire quelque chose de plus électronique. J’aimerais aussi pouvoir réaliser un système pour faire DJ et VJ en même temps ! Je vais faire quelque chose que jamais personne n’a entendu jusqu’alors. Puis en faire un truc pop.

Un dernier message aux Français qui vont découvrir votre musique ?
SYNZOU : On me dit souvent que je suis arrivé au bout de ce que je pouvais faire, mais je ne vais pas abandonner en si bon chemin. J’aimerais qu’on puisse ensuite développer un nouveau genre de musique rock à partir de la musique d’YDESTROYDE.

Octobre 2011

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