Nezishiki
post-punk/rock - Yame, Japon

Moriyama, guitariste, chanteur, compositeur et parolier du groupe, répond à nos questions.

Bonjour, pouvez-vous présenter votre rôle au sein de Nezishiki ?
Moriyama : Bonjour, je suis Moriyama, guitariste, chanteur, et compositeur principal du groupe.

Le nom Nezishiki est tiré du titre d'un manga de Yoshiharu Tsuge. Pouvez-vous nous parler de cette histoire, et de ce qui vous a motivé à l'utiliser ?
Moriyama : Oui, Nezishiki est une oeuvre datant des années 60, qui a une renommée vertigineuse auprès des fous de manga. L'histoire est celle d'un rêve, surréaliste et érotique. C'est à propos d'un homme ayant un bras ensanglanté et qui déambule à travers une ville étrange, à la recherche d'un médecin. Nezishiki signifie "hélicoïdal" en japonais. Nous avons choisi ce nom pour le sens et la sonorité du mot, ainsi que pour son image cartoonesque.

Dans quelles conditions vous êtes-vous lancés dans la musique et comment avez-vous créé le groupe ? Aviez-vous dès le début une idée précise de ce que vous vouliez faire ?
Moriyama : Nous nous nous sommes réunis au sein d'un club de musique à l'université. Nous n'avions pas de concept particulier, mais nous étions juste lugubres, insatisfaits, et puérils.

Parlez-nous de vos premiers concerts. Avez-vous quelques anecdotes à ce sujet ?
Moriyama : On a un peu oublié cette époque. Je me rappelle juste que les deux guitaristes écrabouillaient leur instrument sur scène.

Nous percevons une grande influence post-punk anglo-saxonne au sein de vos morceaux, avec somme toute un certain côté ouvertement pop. Joy division, The Cure, Interpol, sont quelques-uns des noms qui peuvent venir à l'esprit. Dites-nous en un peu plus sur ce qui a nourri votre musique. Moriyama : Que nous sommes influencés par Joy Division est exact. Notre musique a été modelée par les éléments intrinsèques à ce groupe, en y ajoutant un aspect "pop" et "dançable". Nous avons aussi été inspirés par Talking Heads, Wire, Fugazi, Devo, Gang of Four, Television...

Certains de vos morceaux semblent faire référence à un univers onirique, grotesque, voire sado-masochiste. Parlez-nous de vos influences.
Moriyama : J'adore la littérature. Pour citer des exemples français, j'aime Baudelaire, André Breton, Paul Eluard, Stéphane Mallarmé, Samuel Beckett, Marquis de Sade, et d'autres. Je pense que ça m'a pas mal influencé.

En dix ans de carrière, vous avez sorti une très grande quantité d'albums et de maxis. N'avez-vous jamais éprouvé de difficultés à composer ?
Moriyama : Non jamais. Mystèrieusement, je peux peut-être composer indéfiniment. Même si personne ne le souhaite.

Parlez-nous de ces différents disques. Pensez-vous qu'il y ait une évolution entre chacun d'entre d'eux, qu'elle soit thématique ou musicale ?
Moriyama : Nous avons toujours enregistré sans temps mort, ni idées directrices particulières. Il n'y a pas non plus de concept. Par contre je pense pouvoir naturellement trouver des évolutions à apporter à notre musique, si je me pose et considère globalement tout ce qui a été fait jusqu'à présent. Que l'évolution soit effective ou non est par contre quelque chose d'un peu incertain.

Que pouvez-vous nous dire sur votre processus de composition. Quelle en est selon vous la partie la plus importante ?
Moriyama : Je compose pratiquement tous les morceaux. Mais nous partageons quand même tous ensemble quelques idées pour trouver "le bon son". Pour moi la partie la plus importante est le rythme. Je m'occupe tout d'abord de la batterie.

Utilisez-vous la totalité des morceaux que vous composez ?
Moriyama : Non, il y en a beaucoup qui sont complètement morts. Toutefois c'est peut-être leur destin depuis le début.

Quelle importance prêtez-vous aux paroles dans vos compositions ?
Moriyama : Le sens des mots ne devrait pas être discernable. Les paroles devraient entraîner la musique.

Le titre de votre dernier album, Une bande demi-morte, semble faire référence au fait que le groupe est maintenant en pause. Considérez-vous réellement que le futur de Nezishiki soit incertain ?
Moriyama : Une seule chose est sûre, c'est que nous sommes aussi tenaces que des cafards.

Est-ce là votre première sortie à l'étranger ? En attendez-vous quelque chose de particulier ?
Moriyama : Oui, c'est la première fois. Nous espérons que les gens puissent nous considérer comme un groupe d'ailleurs, au son déjà passablement connu. Une "réimportation" un peu curieuse.

Le post-punk a connu son heure de gloire au cours des années 80, avant de connaître un revival depuis une dizaine d'années en Occident. En est-il de même au Japon ? Trouve-t-on encore beaucoup de groupes indépendants appartenant à cette mouvance ?
Moriyama : Le post-punk est maintenant une musique courante au Japon. Vouloir différencier les styles, c'est un peu chercher l'effet "tempête dans un verre d'eau". Il n'est pas nécessaire de toujours mettre des étiquettes. Roland Barthes disait vrai.

Avez-vous un dernier mot destiné aux Européens ?
Moriyama : Vous allez trouver ici des fragments déterrés de notre musique. Nous serions heureux si vous aimez.

Novembre 2011

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